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Ma chirurgie de l'obésité

Après plusieurs mois d’investigation, Catherine, 48 ans, a décidé de se faire opérer. Elle a aussi décidé de témoigner au fil des semaines des étapes franchies. 

 

Episode 1 : seule devant le miroir

 

catherineQuand j’avais 20 ans, je faisais 1m68, 60 kilos, donc bien, toute belle. La première grossesse ne s’est pas trop bien passée. Dans les 7 premiers mois, j’ai perdu 10 kilos, puis dans les 2 derniers j’en ai pris 15 d’un coup. Je venais de me faire larguer par mon copain alors que j’étais enceinte. Après la naissance, j’ai repris le boulot tout de suite, et là ça a été l’engrenage. Seule avec un enfant et le boulot, plus le temps de faire attention à moi. Après sont venus la rencontre, le mariage avec Pascal, une nouvelle grossesse. Et là c’était tellement bien que je me suis laissée aller complètement. J’ai pris presque 30 kilos pendant la seconde grossesse. J’en avais gardé pas loin de 10 de la première. Quand je suis sortie de la maternité, je faisais 2 kilos de plus qu’avant d’accoucher. J’étais dégoûtée. Je me suis dit que ce n’était pas possible. L’infirmière disait que c’était normal parce que j’allaitais. 4 kilos de bébé en moins, plus le placenta, plus l’eau, je n’avais quand même pas pris 10 kilos dans les seins ! A partir de là, j’ai enchainé les régimes mais sans résultat. Je compensais la fatigue de la vie quotidienne en mangeant. Personne ne m’a jamais dit de faire attention ! J’étais seule avec les enfants. Pascal était en mission en Afrique. Ma mère aussi a des problèmes de poids, du diabète et ma grand-mère aussi. Ma mère faisait des régimes, avait des crèmes à mettre. Ma sœur aussi a des problèmes de poids, même plus que moi. Elle est toujours avec Weight Watchers. 

 

Entre la fin 2011 et le début de l’année 2012, j’étais très très mal physiquement et moralement. J’avais pris 20 kilos en deux mois. Je me rendais compte qu’il fallait faire quelque chose. Les régimes, je n’en suis pas capable. Je ne tiens pas dans le temps. Je vais le faire à fond pendant quinze jours et puis il suffit d’une fois et je dévie. Je regardais sur Internet non pas des régimes mes des menus équilibrés. Je suis tombée sur un site qui calcule si tes repas sont équilibrés en terme de protéines, glucides, etc., et qui indique ce qui ne va pas le cas échéant. J’ai commencé un peu comme ça mais je me suis rendue compte que manger équilibré, c’était bien mais que je mangeais toujours beaucoup et qu’au niveau poids ça ne changeait rien du tout.  

 

Episode 2 : la décision de consulter

 

En allant un peu sur Internet à droite et à gauche, je tombe sur un forum où des filles racontaient leur parcours autour de la chirurgie. Ca me faisait un peu peur. Je me disais qu’il fallait être « au bout » pour en arriver là. Et puis en lisant, j’ai reçu tout ça en pleine face. Je me suis vue, j’étais elles et là je me suis dit, « oui Catherine tu es obèse » et non pas un peu ronde, etc. Du coup j’ai calculé mon IMC et je me suis trouvée à 40. Ca m’a fait un coup, j’en ai pleuré mais j’ai dû faire face à la réalité. Je me retrouvais dans le récit d’un tas de choses qui polluaient ma vie au quotidien. Le dernier truc en date qui m’a vraiment décidé, c’est qu’un jour je me suis fait un bain et quand j’ai voulu sortir, je n’ai pas pu. Mes bras n’avaient même plus la force de me soulever. C’était vraiment humiliant d’imaginer d’avoir à faire appel à quelqu’un pour sortir de là. 

 

A partir de là j’ai commencé à chercher partout ce qu’on disait sur les forums sur la chirurgie, quels avaient été les éléments déclencheurs pour les autres, comment ça se passe, avant, pendant, après. Et le destin a fait que j’ai une amie qui connaissait une équipe à Lorient. Alors j’ai décidé de consulter. Je me connais, je sais comment je réagis face à un régime. Mon gros point noir c’est tout ce qui est sucre. Quand je me fais violence, ça le fait. Mais dans la durée je ne tiens pas. Est-ce que c’est une vie de faire toujours attention ? Je sais qu’avec l’opération il y aura quand même des restrictions mais il y aura déjà des barrières pour m’aider à tenir bon.

 

Episode 3 : le premier rendez-vous avec le chirurgien


J’y suis allée avec la ferme intention de me faire opérer et c’est vrai que j’attendais plus du chirurgien une confirmation que c’était la solution pour moi. Est-ce qu’il pouvait me dire qu’en fin de compte non, je n’étais pas tant que ça en surpoids ? MDR. 

J’attendais du chirurgien qu’il me conforte dans ma démarche sur le plan médical. Ce qui a été le cas. De ce que j’avais lu et entendu, je n’aurais pas été partante pour un anneau mais sleeve ou bypass, j’attendais son avis. Je connaissais déjà les étapes de la préparation par les échanges sur les forums et les sites scientifiques, médicaux, les blogs d’opérés, les vidéos sur You tube. Il y a beaucoup d’informations. Le plus compliqué est presque de trier.

 

Episode 4 : le bilan préopératoire


Le chirurgien m’a indiqué le nutritionniste de l’équipe et les rendez-vous se sont enchaînés. Personnellement, je n’avais jamais consulté de psychiatre, ni de cardiologue et je n’avais jamais eu de fibroscopie. Ca m’a bien aidé de trouver une équipe, de ne pas avoir à chercher des spécialistes qui pourraient aussi essayer de me dissuader. 

 

Tout au long de ces examens, je n’ai pas imaginé un instant que quelque chose pourrait empêcher l’opération de se faire. J’étais convaincue. Et ça a été l’occasion de faire un bilan que je n’avais jamais fait. Ce n’a fait que renforcer ma motivation. Tous les voyants étaient au rouge : diabète, cholestérol, hypertension, état de mon foi, etc. J’ai commencé cependant à avoir un peu d’appréhension sur l’après, pressentant que ça serait peut-être un peu dur, qu’il y aurait un grand changement. Je suis un peu douillette. Après ce ne sera que du bonheur. Pour faire une opération comme ça, il faut être positif.

 

Episode 5 : l’opération (juillet 2012) et le séjour en clinique

 

Je suis entrée un jeudi, la veille. J’ai été accueillie par les infirmières qui m’ont menée jusqu’à la chambre. Il y avait déjà quelqu’un, une fille sympa avec qui j’ai discuté et bien rigolé. Elle devait subir la même opération. Ca nous a fait passer le temps. L’infirmière est venue nous donner les consignes : douche Bétadine le soir et le lendemain matin, ôter le vernis à ongle sur les pieds et les mains.  On a eu droit juste à un bouillon. On nous a apporté un médicament pour nous aider à nous détendre pour passer une bonne nuit. Ma compagne de chambre se faisait opérer le matin, moi en début d’après-midi. De toute cette journée avant l’opération jusqu’à mon réveil, je ne garde que peu de souvenirs. Juste des flashes comme l’anesthésiste qui me parle avant l’opération. Je me suis réveillée sans douleur. J’avais la pompe de morphine dans la main au cas où mais je n’ai jamais eu mal. Après mon réveil, le lendemain de l’opération, les infirmières sont passées régulièrement me voir. On m’a demandé de porter des bas de contention. En fait, le plus mauvais souvenir, c’est qu’il faisait très chaud et que je ne pouvais pas me laver. J’ai apprécié plus tard quand une infirmière m’a proposé de me faire une toilette au gant. Le chirurgien et l’anesthésiste sont venus me voir. J’étais sous perfusion avec un antidouleur, du glucose, sodium, phosphore. Et sous monitoring pour la respiration et le rythme cardiaque, la tension. Au fil des heures, j’avais par contre l’impression d’avoir un grand poids sur le ventre. J’ai eu un peu des nausées mais qui étaient liées à une intolérance à l’antidouleur en perfusion. Elles se sont arrêtées avec l’arrêt de ce médicament. Le lendemain de l’opération, j’ai pu me lever, boire de l’eau et du bouillon. Je buvais très doucement par appréhension. Mais tout c’est bien passé. J’ai eu des visites dès le lendemain, amis, famille. Et je suis sortie le lundi en fin de matinée plus vite que je n’imaginais. Mais sans appréhension car finalement je me sentais bien. J’ai quitté la clinique avec des ordonnances pour les pansements, pour des vitamines, un médicament anti-ulcère pour l’estomac, pour des antidouleurs, anti-vomissements, anti-diarrhéiques au cas où et un numéro à joindre à la clinique en cas d’urgence. J’ai aussi reçu des informations du chirurgien sur comment m’alimenter, quoi, en quelle quantité et sous quelle forme et des menus types remis par le nutritionniste.

 

Episode 6 : les premières semaines à la maison

 

Quand je suis rentrée chez moi, j’étais contente de retrouver ma maison. Ma première pensée a été de me préparer un bon repas en suivant les indications des médecins et je me suis fait un bon bouillon avec un peu de fromage râpé dedans puisqu’autorisé. Un régal ! Ca a tout de suite été un apprentissage d’une autre manière de penser ses repas, de les déguster, d’apprécier ce que j’ai dans l’assiette, de vivre les sensations du goût, de la consistance. Au fil des jours, je suis passée d’une alimentation de texture très liquide à une texture de purée. Mais je me suis toujours fait plaisir en suivant mon inspiration et en mangeant des chose qui me faisaient envie. 

 

Les premiers jours, j’y suis allée tranquille. J’ai fait un peu de ménage, regardé un peu la télévision, fait des petites siestes et puis progressivement repris une activité, marché un peu. J’ai eu moins d’appréhension à partir du moment où on m’a retiré les agrafes, dix jours plus tard. A partir de là, je me suis sentie plus libre. La cicatrisation s’est faite tranquillement avec le temps, un bon mois après l’opération. 

 

J’ai revu le chirurgien un mois et demie après l’opération. Un rendez-vous qui a coïncidé avec le durcissement des sutures internes. C’est une petite période à gérer en revenant à une alimentation semi-liquide pour une petite quinzaine car on a plus de mal à avaler.  

 

Deux mois après l’opération, je me sens très bien. Je me suis pesée une fois par semaine, pas plus, comme indiqué. J’ai perdu en moyenne deux à trois kilos par semaine. Donc aujourd’hui 25 kilos. Je ne suis pas fatiguée, en bonne forme, le moral, de l’énergie. Je me sens déjà bien mieux dans ma peau, dans mon corps même si j’ai encore du surpoids. Maintenant je suis en quête d’une activité sportive pour me remuscler le ventre surtout. 

 

Je me suis fait prendre en photos une fois par mois pour pouvoir voir la différence car au jour le jour on se rend peu compte de la différence. De visage, je me suis affinée. Je maigris uniformément, ce qui est bien. Mon ventre a beaucoup diminué. C’est motivant. Il y a du résultat et ça se fait tout seul comparativement à un régime où on est sans arrêt à calculer. Globalement je mange moins et je prends plus le temps. J’ai aussi plaisir à cuisiner. 

 

J’ai repris le travail trois semaines après l’opération. Ca s’est très bien passé.  Côté vie sociale, le fait de me sentir mieux me donne confiance en moi et ça a aussi un effet positif. Je me prends au jeu de tester mon pouvoir de séduction. Mais je sais par les forums où je vais que pour les femmes mariées, ça peut engendrer des difficultés qui vont jusqu’au divorce. Le fait qu’on s’habille soudain différemment, qu’on s’occupe plus de soi ne veut pas pourtant dire qu’on change de caractère. Le fait d’avoir eu un temps d’arrêt pour la préparation, et après l’opération, ça m’a permis de me retrouver. On n’a qu’un corps dans la vie et il faut en prendre soin.  

 

 

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